Le tarif auquel votre distributeur rachète votre surplus a baissé. Beaucoup de propriétaires en concluent que le solaire est moins intéressant. C’est l’inverse qui est vrai — à condition de changer de raisonnement.
L’été 2026 a produit une série de nouvelles qui, mises bout à bout, dessinent une bascule nette pour qui envisage un carport solaire en Suisse romande. Voici ce qu’elles disent, et ce qu’elles changent concrètement à un projet.
1. Le solaire a tenu le réseau suisse cet été
La sécheresse a fait chuter la production des centrales au fil de l’eau, et les deux réacteurs de Beznau étaient à l’arrêt. La Suisse n’a pourtant connu aucune pénurie. Selon la Commission fédérale de l’électricité Elcom, le photovoltaïque a joué le rôle d’amortisseur face à des conditions hydrologiques défavorables, et a permis d’épargner l’eau des lacs d’accumulation pour les heures sans soleil. L’Elcom anticipe d’ailleurs des niveaux de remplissage inférieurs à la moyenne pour l’hiver 2026-2027.
La production solaire a bondi de 43 % en juillet 2026, portée par les canicules et par la multiplication des installations.
Ce que ça dit : le solaire n’est plus un appoint militant, c’est une composante du bilan électrique national. Et la Suisse en veut davantage — la branche vise 17 % du mix en 2026, contre 14 % en 2025.
Une comparaison européenne publiée fin août 2026 par la Fondation Suisse de l’énergie situe bien l’enjeu. Toutes énergies renouvelables confondues, la Suisse est 5e en Europe avec 4 872 kWh par habitant — devancée seulement par la Suède, la Finlande, l’Autriche et le Danemark, grâce à son hydroélectricité. Mais sur le solaire seul, elle n’est que 10e, avec 878 kWh par habitant, malgré un nouveau record.
Autrement dit : le pays est bien classé grâce à ses barrages, pas grâce à ses toits. C’est précisément ce retard que la Confédération cherche à combler, et ce qui explique la pression réglementaire actuelle.
2. Les tarifs de rachat baissent — et c’est structurel
C’est la nouvelle qui inquiète, et il ne sert à rien de la minimiser. Le prix auquel les gestionnaires de réseau rachètent le surplus a nettement reculé, et la logique tarifaire elle-même se transforme : Romande Energie, par exemple, a resserré ses heures pleines sur la plage 17h-22h.
Autrement dit, l’électricité produite à midi — le pic solaire — vaut de moins en moins cher à la revente, parce que tout le monde en produit au même moment.
La conséquence logique : la rentabilité d’une installation ne se joue plus sur ce qu’on revend, mais sur ce qu’on consomme soi-même. Le directeur général de Romande Energie l’a dit sans détour en août : l’autoconsommation soulage le réseau et allège la facture, tout le monde y gagne.
3. Le marché se contracte, le stockage explose
Les ventes d’installations photovoltaïques ont chuté de 29 % en 2025 — premier recul depuis 2017. Swissolar l’attribue aux incertitudes politiques et à la mutation du marché de l’électricité. Beaucoup y ont lu la fin du solaire. C’est le contraire que disent les autres chiffres de la même étude : la puissance installée a progressé de 16,3 % pour atteindre 9 499 MW, la production a augmenté d’un tiers pour approcher huit térawattheures — soit 13,7 % de la consommation finale du pays — et surtout, les ventes de systèmes de stockage domestiques ont bondi de 70 %.
On installe moins souvent, mais plus grand et bien mieux équipé. Le marché ne recule pas, il se transforme : ceux qui équipent aujourd’hui ne cherchent plus à revendre, ils cherchent à consommer ce qu’ils produisent.
Le coût du stockage domestique est passé d’environ 1 000 à 500 francs par kilowattheure ces dernières années. Résultat : selon Groupe E, une nouvelle installation photovoltaïque sur deux est aujourd’hui vendue avec une batterie, et de nombreux propriétaires déjà équipés complètent après coup.
Et Neuchâtel a pris les devants : le canton subventionne le stockage à hauteur de 15 % depuis mars 2026, avec déjà 140 demandes enregistrées en cinq mois. Nous avions détaillé ces aides dans notre newsletter d’août 2026, et le bonus fédéral pour les places de stationnement dans celle de septembre 2026.
4. Et au 1er janvier 2027, la règle du jeu change complètement
C’est la nouvelle la plus importante, et elle est encore mal connue. Le Conseil fédéral a adopté le 27 mai 2026 une révision d’ordonnance qui transforme la manière dont votre surplus est rémunéré.
Aujourd’hui, votre gestionnaire de réseau fixe un tarif de reprise et le publie pour la période. Vous savez à quoi vous en tenir.
Dès le 1er janvier 2027, si vous et votre gestionnaire ne vous êtes pas entendus sur une rémunération, votre surplus sera payé au prix spot du marché européen, au moment précis où vous l’injectez. Ce prix est révisé toutes les quinze minutes. Et il peut être négatif : dans ce cas, injecter coûte de l’argent au lieu d’en rapporter.
Ce n’est pas théorique. Le nombre d’heures à prix négatif est passé de moins de cent par an à plus de deux cents, selon les chiffres communiqués par Axpo. La cause est mécanique : à midi, en été, toute la Suisse produit en même temps.
Faut-il s’inquiéter ? Ça dépend de la taille de votre installation
Pour un particulier, non. La Confédération a prévu un filet de sécurité chiffré, et c’est le point que la plupart des articles oublient : une rétribution minimale s’applique aux petites installations, typiquement celles des toits de maisons individuelles. L’évolution des prix est examinée quatre fois par an, et si la moyenne passe sous 6 centimes par kilowattheure, la différence est compensée. Un propriétaire de villa ne peut donc pas se retrouver à payer pour injecter. Swissolar le confirme : le propriétaire lambda continuera de percevoir de l’argent. Et les dispositions fédérales ne sont qu’un plancher — beaucoup de gestionnaires de réseau proposeront des conditions meilleures à leurs clients.
Pour une entreprise ou une exploitation agricole, c’est autre chose. Au-delà d’une certaine taille, la rétribution minimale ne s’applique pas. Une grande installation qui injecte pendant une période à prix négatif paiera réellement pour le faire. C’est un point à intégrer dès la conception d’une ombrière de parking ou d’une installation d’entreprise, et il pèse lourd dans l’arbitrage entre autoconsommation et enchères Pronovo.
Ce que la réforme cherche à provoquer
L’objectif de la Confédération n’est pas de pénaliser les producteurs, c’est de déplacer la production vers les moments où le réseau en a besoin — et surtout d’encourager à consommer sur place plutôt qu’à injecter. Le message est le même que celui des trois premières nouvelles, mais cette fois il est inscrit dans l’ordonnance.
S’y ajoute une règle déjà en vigueur : pour toute installation raccordée depuis le 1er janvier 2026, l’injection est plafonnée à 70 % de la puissance installée. Les 30 % restants doivent être consommés sur place, stockés, ou perdus. Un carport de 10 kWc ne peut jamais envoyer plus de 7 kW vers le réseau.
Les regroupements pour l’autoconsommation et les communautés électriques locales ouvrent une troisième voie : valoriser le surplus à l’échelle d’un immeuble ou d’un quartier, à un tarif négocié, plutôt que de le céder au prix spot.
Ce que ça change pour un carport solaire
Voici où ces nouvelles se rejoignent, et pourquoi un carport n’est pas une installation photovoltaïque comme une autre — et pourquoi, en Suisse romande, on parle aussi de couvert à voiture.
Un carport produit là où se gare la voiture. C’est trivial et c’est déterminant : le véhicule électrique est le plus gros consommateur du ménage, et il stationne précisément sous les panneaux. Recharger en journée, c’est consommer son propre courant au moment où il ne vaut presque rien à la revente.
Un carport se dimensionne d’un seul tenant. Modules, onduleur, borne de recharge et batterie sont pensés ensemble dès l’étude, pas ajoutés l’un après l’autre. C’est ce qui permet de piloter : la voiture se recharge quand le soleil donne, le chauffe-eau et la pompe à chaleur aussi, et la batterie prend le reste pour le soir.
Et il ne touche pas à votre toiture. Toiture mal orientée, ombragée, en tuiles anciennes ou déjà équipée : le carport ouvre une surface neuve, orientée et inclinée comme on le décide.
La place disponible, l’orientation et le nombre de véhicules déterminent le type de structure : deux piliers avec toiture en porte-à-faux, quatre appuis, ou une structure adossée à la façade. Voyez nos 19 modèles en images, du couvert une place à l’ombrière de parking.
L’objection : et si le prix de l’électricité baisse ?
C’est la question qu’un prospect bien informé posera, et elle mérite une réponse précise. Les tarifs 2027 sont annoncés en baisse : selon le sondage de l’Association des entreprises électriques, de 3 à 6 % pour les ménages et de 4 à 7 % pour les entreprises. Si l’électricité coûte moins cher, l’économie réalisée en autoconsommant diminue d’autant. Logique.
Sauf que deux éléments renversent ce raisonnement.
Premier point : l’ampleur réelle. À Genève, où le Conseil d’État a validé une baisse de 2 % pour les ménages, l’économie annoncée est de moins de 15 francs par an pour un ménage de deux à trois personnes consommant 3 000 kWh. Chez BKW, la baisse la plus marquée communiquée à ce jour, elle atteint environ 95 francs par an pour un ménage de 4 500 kWh. À comparer à ce qu’un carport de 5 kWc évite d’acheter chaque année.
Second point, et c’est le plus important : ce n’est pas la facture qui baisse uniformément. Chez BKW, le tarif de l’énergie baisse fortement, mais le tarif d’utilisation du réseau augmente. Or quand vous consommez votre propre production, vous n’évitez pas seulement le prix de l’énergie : vous évitez aussi le tarif réseau, la mesure et les redevances. Un tarif réseau qui monte rend donc chaque kilowattheure autoconsommé plus précieux, pas moins.
Et le signal envoyé par les distributeurs est sans ambiguïté : BKW proposera dès 2027 un tarif réseau dynamique, avec jusqu’à 40 % de rabais sur l’utilisation du réseau les après-midis ensoleillés d’été, entre 13h et 17h. Autrement dit : consommer quand le soleil donne devient explicitement récompensé. C’est exactement ce que permet un carport avec recharge de véhicule en journée.
Note pratique : les chiffres définitifs commune par commune sont publiés par l’ElCom début septembre. Avant cette date, tout ce qui circule reste indicatif.
La question honnête : est-ce que ça reste rentable ?
Oui, mais le calcul n’est plus le même qu’il y a cinq ans. Un projet dont la rentabilité reposait sur la revente du surplus est aujourd’hui fragile. Un projet conçu pour l’autoconsommation — véhicule électrique, eau chaude, chauffage, stockage — tient parfaitement.
C’est pour ça que nous ne vendons pas de kilowatts-crête au mètre carré : la bonne puissance est celle que vous consommez. Notre simulateur de rentabilité et notre Atlas énergie partent de ce raisonnement.
Ce que ça donne chez vous, concrètement.
Production estimée selon l’altitude de votre commune, part réellement autoconsommée, rétribution du surplus selon votre distributeur, et ce que change une batterie au prix d’aujourd’hui. Nous calculons pour votre adresse, pas pour une moyenne suisse.
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Et les aides ?
La rétribution unique fédérale Pronovo reste le socle — notre estimateur vous en donne l’ordre de grandeur. S’y ajoutent les aides cantonales et communales, dont la subvention batterie neuchâteloise. L’ensemble, daté et sourcé, est dans notre Atlas des aides.
Un point de vigilance qu’on ne répétera jamais assez : les demandes se déposent avant le début des travaux. Une aide demandée après coup peut être refusée pour ce seul motif.
Le bon moment, c’est maintenant — et ce n’est pas une formule
Entre l’étude, le dossier d’autorisation, la pose et la mise en service, comptez deux à quatre mois, dont l’essentiel est du délai administratif. Un projet lancé en septembre est posé avant les premières neiges. Un projet lancé en novembre attend le printemps. Le détail des six étapes est sur notre page installation d’un carport solaire.
Parlons de votre projet
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Sources et méthode. Bilan électrique de l’été 2026, rôle du photovoltaïque et perspectives hivernales : Commission fédérale de l’électricité (Elcom), via RTS Info, août 2026. Hausse de production de juillet, prix des batteries, part des installations vendues avec stockage et subvention batterie neuchâteloise : RTS Info, août 2026, avec Groupe E cité comme source pour la part des installations. Réforme de la rémunération au 1er janvier 2027 (prix spot horaire, révision toutes les 15 minutes, tarifs négatifs possibles, rétribution minimale maintenue pour les petites installations) : révisions d’ordonnances adoptées par le Conseil fédéral le 27 mai 2026, relayées par pv magazine, Blick et blue News ; commentaire de Swissolar sur la protection des petits producteurs. Rétribution minimale de 6 centimes par kilowattheure examinée quatre fois par an : dispositions fédérales, relayées par Blick. Heures à prix négatif : chiffres Axpo. Plafonnement de l’injection à 70 % pour les installations raccordées dès le 1er janvier 2026 : cadre fédéral. Part du photovoltaïque dans le mix : Swissolar. Comparaison européenne (5e rang toutes renouvelables avec 4 872 kWh/habitant, 10e rang solaire avec 878 kWh/habitant, 2025) : analyse de la Fondation Suisse de l’énergie publiée fin août 2026, via ATS. Tarifs 2027 en baisse (3 à 6 % ménages, 4 à 7 % entreprises) : sondage de l’Association des entreprises électriques, juin 2026, via RTS. Baisse genevoise validée par le Conseil d’État sur proposition des SIG, et chiffrage par ménage : août 2026. Baisse BKW, hausse du tarif réseau et tarif réseau dynamique 2027 (rabais jusqu’à 40 % entre 13h et 17h en été) : communiqué BKW. Tarifs définitifs commune par commune publiés par l’ElCom début septembre. Nous ne publions aucun tarif de rachat chiffré : ces tarifs sont fixés par chaque gestionnaire et révisés périodiquement ; seul celui publié par le vôtre fait foi. Aides : Pronovo et dispositifs cantonaux, montants et conditions susceptibles d’évoluer. État au : 28 août 2026.