Il existe une troisième voie pour votre surplus solaire, et presque personne n’en parle. On vous présente généralement deux options : consommer votre production, ou l’injecter dans le réseau au tarif que votre gestionnaire veut bien vous payer. Depuis 2026, une troisième existe : la vendre à vos voisins, en passant par le réseau public, à un tarif réseau préférentiel.
Cela s’appelle une communauté électrique locale. Voici comment ça marche, et pourquoi un carport solaire est souvent le meilleur candidat.
D’abord, ne pas confondre trois choses
Le vocabulaire est un vrai obstacle sur ce sujet. Trois dispositifs coexistent, et ils ne s’appliquent pas au même périmètre.
Le regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP). Le plus ancien. Plusieurs logements ou locaux d’un même ensemble immobilier se regroupent derrière un seul point de raccordement au réseau. Typiquement : une PPE dont les appartements partagent la production du toit ou du carport de la copropriété. L’électricité ne sort jamais sur le réseau public.
Le RCP virtuel. Depuis 2025, l’évolution du précédent : les données de mesure de plusieurs compteurs peuvent être regroupées virtuellement, sans avoir à refaire l’installation électrique ni à poser un compteur unique. C’est une simplification administrative majeure pour les copropriétés existantes.
La communauté électrique locale (CEL). Depuis 2026, le vrai changement : elle permet de fournir de l’électricité solaire en utilisant le réseau électrique public, à l’échelle d’une même commune, avec un tarif d’utilisation du réseau réduit. Vos voisins n’ont plus besoin d’être dans votre immeuble.
Ce que ça change, concrètement
Jusqu’ici, votre surplus n’avait qu’un seul acheteur : votre gestionnaire de réseau, à son tarif. Un tarif structurellement inférieur au prix auquel il vous revend l’électricité, et qui baisse structurellement.
Avec une CEL, vous pouvez vendre à un voisin à un prix négocié entre vous deux. Un prix qui se situe naturellement entre les deux bornes : supérieur à ce que le gestionnaire vous paierait, inférieur à ce que votre voisin paierait au tarif de détail. Les deux y gagnent.
Et le contexte rend cela décisif : dès le 1er janvier 2027, faute d’accord avec votre gestionnaire, votre surplus sera rémunéré au prix spot du marché, révisé toutes les quinze minutes et parfois négatif. Une CEL est précisément une forme d’accord qui vous sort de ce régime par défaut. Nous avions annoncé cette bascule dans notre newsletter d’août 2026.
Le rabais réseau : 40 % ou 20 %, et ça dépend d’un détail technique
C’est le chiffre que la plupart des articles omettent, alors qu’il est inscrit dans l’ordonnance (art. 19h OApEl). L’électricité échangée au sein d’une CEL bénéficie d’une réduction du tarif d’utilisation du réseau :
40 % si un seul niveau de réseau est utilisé — concrètement, si producteur et consommateurs sont tous raccordés en basse tension, dans le même périmètre de transformateur.
20 % si l’énergie doit transiter par la moyenne tension, c’est-à-dire s’il faut passer par un étage de transformation entre vous et vos voisins.
La différence ne se décide pas, elle se constate : elle dépend de la façon dont votre quartier est câblé. C’est la première chose à faire vérifier par votre gestionnaire de réseau, parce qu’elle double ou divise par deux l’avantage.
Deux précisions qui comptent : le rabais ne porte que sur la part « utilisation du réseau », pas sur les taxes, redevances et suppléments fédéraux, qui restent facturés en plein. Et il ne s’applique qu’à l’électricité réellement produite dans la communauté : le courant que vous continuez de soutirer auprès de votre fournisseur reste au tarif normal.
Le piège de la batterie, que personne n’explique
Voici un point technique qui compte dès qu’il y a du stockage, et qu’on ne trouve nulle part en clair.
Quand une batterie restitue de l’électricité à la communauté, le tarif réduit s’applique — à condition que cette électricité provienne des installations de production de la CEL. Si la batterie a été chargée avec du courant soutiré du réseau, aucune réduction n’est accordée sur cette quantité.
Autrement dit : une batterie qui stocke votre production solaire entre dans le dispositif. Une batterie pilotée pour se charger la nuit au tarif creux n’y entre pas. C’est une contrainte de pilotage à intégrer dès le dimensionnement de la batterie.
Pourquoi un carport est un bon candidat
Trois raisons, et elles tiennent à la nature même de l’ouvrage.
Il produit à un endroit où personne n’habite. Une toiture appartient à un ménage qui consomme d’abord pour lui. Un carport sur un parking commun, celui d’un immeuble, d’une entreprise ou d’un quartier, produit une électricité dont l’usage se discute dès le départ.
Sa production dépasse souvent les besoins d’un seul ménage. Une ombrière de parking de vingt places produit bien au-delà de ce qu’un immeuble absorbe en journée. Le surplus est structurel, pas accidentel.
Il se dimensionne avant d’exister. C’est l’avantage décisif : contrairement à une toiture qu’on équipe après coup, un carport se conçoit. Si une CEL est envisagée, la puissance, le découpage des champs, le comptage et la batterie se pensent dès l’étude.
Les conditions à vérifier
Une CEL n’est pas ouverte partout ni à n’importe qui. Les points à valider avec votre gestionnaire de réseau :
La même commune. Producteur et consommateurs doivent s’y trouver, et être raccordés au même niveau de réseau. Une CEL ne traverse pas les frontières communales.
L’accord du gestionnaire. C’est lui qui exploite les lignes, mesure les flux et applique le tarif réduit. La démarche passe obligatoirement par lui : Romande Energie, Groupe E, Viteos, OIKEN ou le service industriel de votre commune — notre index des 532 communes vous dit lequel.
Le cadre contractuel. Qui vend, à qui, à quel prix, avec quelle clé de répartition et quelle durée. C’est un contrat entre participants, pas une simple déclaration.
Le comptage. Chaque participant doit être mesuré correctement. C’est là que le RCP virtuel a changé la donne : le regroupement peut se faire sur les données plutôt que sur les câbles. À noter : tous les membres doivent être équipés de compteurs communicants fournis par le gestionnaire — c’est son infrastructure qui fait foi, pas un système privé.
Une seule CEL par participant. On ne peut pas appartenir à deux communautés à la fois. Le choix engage.
Un représentant désigné. La communauté doit nommer un interlocuteur chargé des accords techniques, des relevés et de la facturation auprès du gestionnaire. C’est une responsabilité réelle, à attribuer avant de se lancer.
Une validation par le gestionnaire. Depuis le 1er janvier 2026, il doit examiner la conformité technique et légale de chaque projet et assurer le suivi des entrées et des sorties. Ce délai est à compter dans le calendrier.
Une installation existante peut-elle rejoindre une CEL ?
Oui, en principe, et c’est un point mal connu. Il n’est pas nécessaire de réinstaller les panneaux : la démarche est essentiellement administrative et contractuelle, à initier avec le gestionnaire de réseau local. Les conditions de commune et de niveau de raccordement restent à vérifier.
Les trois voies, mises côte à côte
Autoconsommer. La valeur la plus élevée par kilowattheure, puisque vous évitez le prix de détail. Limite : votre consommation en journée, que la recharge d’un véhicule, l’eau chaude, la pompe à chaleur et le stockage permettent d’étendre. C’est la première chose à maximiser.
Vendre en CEL. La deuxième meilleure valeur, pour ce que vous ne consommez pas. Demande un cadre contractuel et des voisins intéressés.
Injecter au réseau. La valeur la plus faible, et la plus incertaine dès 2027. C’est ce qui reste après les deux premières.
L’ordre n’est pas négociable : on maximise d’abord l’autoconsommation, ensuite seulement on organise le reste.
Quel modèle pour votre projet ?
Le nombre de places, la géométrie du parking et le partage envisagé déterminent la structure : deux piliers en porte-à-faux pour libérer l’accès, quatre appuis pour une portée plus large, ou une implantation en travées pour un parking collectif. Voyez nos 18 modèles en images, du couvert une place à l’ombrière de parking.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un RCP et une CEL ?
Le RCP reste derrière un point de raccordement, dans un même ensemble immobilier. La CEL utilise le réseau public pour distribuer à l’échelle d’une commune, avec un tarif réseau réduit.
Puis-je vendre à un voisin d’une autre commune ?
Non. La CEL suppose la même commune et le même niveau de réseau.
Qui fixe le prix de vente entre participants ?
Les participants eux-mêmes, par contrat. C’est tout l’intérêt : vous n’êtes plus preneur du tarif du gestionnaire.
Est-ce que ça remplace Pronovo ?
Non. La rétribution unique reste acquise, c’est une aide à l’investissement. La CEL concerne la valorisation de la production, pas le financement de l’installation.
Faut-il une batterie ?
Non, mais elle change la donne : elle vous permet de décaler ce que vous vendez ou consommez vers les heures où cela vaut le plus.
Parlons de votre projet
Si vous étudiez un carport pour une copropriété, un immeuble ou une entreprise, la question du partage se pose avant le dimensionnement. Nous en discutons à l’étude, avec votre gestionnaire de réseau si nécessaire.
Demandez votre devis gratuit — réponse sous 24 h ouvrées, ou appelez-nous au +41 26 510 21 44.
Sources et méthode. Cadre du regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP), extension au RCP virtuel dès 2025 et introduction des communautés électriques locales (CEL) dès 2026 avec tarif réseau préférentiel dans la même commune : nouvelle loi sur l’électricité et documentation de branche. Réforme de la rémunération au 1er janvier 2027 : révisions d’ordonnances adoptées par le Conseil fédéral le 27 mai 2026. Nous ne publions aucun tarif ni aucune clé de répartition chiffrée : les conditions d’une CEL se négocient au cas par cas et dépendent de votre gestionnaire de réseau. En revanche, le rabais sur le tarif d’utilisation du réseau (40 % sur un seul niveau de réseau, 20 % avec transformation de tension), l’exclusion des taxes et redevances, l’obligation de compteurs communicants, l’appartenance à une seule CEL, la désignation d’un représentant, l’examen de conformité par le gestionnaire depuis le 1er janvier 2026 et la règle applicable au stockage sont fixés par l’art. 19h OApEl et repris dans les conditions particulières publiées par les gestionnaires de réseau romands. Les modalités précises évoluent — vérifiez auprès de votre gestionnaire et des publications de l’OFEN au moment de votre projet. État au : 28 août 2026.